Les indignés

 

Ces dernières semaines nous avons observé en Espagne un phénomène qui ne sera pas sans conséquences pour l’avenir. Les causes du mouvement des « Indignados » et les réponses apportées dans la rue dépassent les frontières de la Péninsule.

Au cœur du problème : une économie livrée aux caprices de la finance mondiale et un taux de chômage gigantesque qui atteint 41% chez les moins de 25 ans. En occupant pacifiquement les places de leur pays, ces jeunes –et moins jeunes- ont exprimé leur envie d’un autre mode de vie. En Espagne, en Grèce, au Portugal, en Belgique…et partout ailleurs, une grande partie de la société ne se reconnaît plus dans ce modèle économique à la dérive.

Un système financier hors de tout contrôle.

A l’image du peloton du tour de France dans l’ascension du Tourmalet, les uns après les autres, des pans entiers de nos sociétés sont décramponnés du système. Que de souffrances pour la majorité des habitants de la planète - et de la planète elle-même - pour la gloire et la fortune d’une poignée de cadors dopés par un système financier devenu fou, sous le regard impuissant des autorités publiques. Les historiens de demain analyseront et jugeront…

Des leçons de l’Histoire, il en est justement question. Suite à la crise économique désastreuse des années 1930 – elle avait notamment plongé le monde dans une guerre meurtrière -, les sociétés occidentales avaient mis un terme à la récréation du système libéral. Celui-ci sévissait depuis le milieu du 19ème siècle : les marchés dictaient leurs lois aux affaires sociales et politiques, la sécurité sociale était réduite à sa plus simple expression... Les Etats avaient décidé que tout cela était fini. Trop dangereux ! Dans cette après-guerre du « plus jamais çà », il ne se trouvait plus un économiste assez fou pour proposer le libre marché comme modèle économique.

Ultralibéralisme II, le retour.

Et pourtant, à partir des années septante, ce qui était impensable vingt ans auparavant, se reproduit. L’ultralibéralisme fait un retour en force, porté par des figures politiques comme Reagan aux Etats-Unis et Thatcher en Grande Bretagne. Quarante années de dérégulation plus tard, la planète est dans une voie sans issues, obligée de se saigner et de saigner ses habitants pour nourrir la machine de la croissance. Mais aujourd’hui, le système arrive au bout de sa logique destructrice : des bénéfices de plus en plus colossaux dans les mains de moins en moins d’actionnaires, une main d’œuvre dont le système n’a plus besoin, les ressources de la terres sucées jusqu’à la moelle.

Stéphane Hessel, 95 ans de lutte, icône de la révolte.

L’Espagne est un pays où ceci est devenu visible avant les autres parce que le plus touché par les travers du système actuel, mais des indices montrent que partout ailleurs la volonté d’un nouveau mode de vie est en train de naître. Partout, les livres de Stéphane Hessel (« indignez-vous » et « engagez-vous ») suscitent des mouvements de contestation. La jeunesse n’est finalement ni aussi blasée, ni aussi défaitiste, ni aussi passive qu’on ne le craignait. Une soif de transition émerge. L’indignation fait place à l’engagement.

Les transitions seront probablement difficiles mais l’effort en vaut la peine. Les autorités publiques, si elles ne veulent pas être  jugées sévèrement par l’Histoire, ne pourront plus ignorer les changements radicaux de modèles économiques et sociaux réclamés par le peuple à Madrid et ailleurs dans le monde.

 
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